mardi 22 avril 2008

Ilsa et les SS ouvrent la danse !

Ilsa, La Louve des SS (1975)


(Bienvenue au Ilsa Club !)


De quoi ça parle ? Mais pourquoi est-elle aussi méchante ? Lorsqu'elle ne passe pas son temps à copuler avec ses soldats (qu'elle n'hésite d'ailleurs pas à castrer si elle n'est pas sexuellement satisfaite), la diabolique Ilsa, plantureuse femme mûre aux seins énormes, mène de terribles expériences médicales sur ses détenues. Et voilà qu'elle te les fouette, qu'elle te les torture avec d'énormes godes électriques, ou qu'elle te les fout dans des chambres à décompression... Mais de tels actes sadiques sont justifiés : la méchante docteur tente de prouver que les femmes sont plus résistantes à la douleur et qu'elle doivent donc être autorisées à aller se battre au front. Justifications féministes donc... Mais une détenue, évidemment super bien foutue, semble recevoir les sévices avec plus de "sérénité" que les autres ; une telle aptitude qui éveille immédiatement les pulsions sadiques d'Ilsa qui lui fait subir les pires outrages ! Mais sous cette carapace de dure à cuire se cache un coeur d'artichaut grand comme ça ! Celle qu'on surnomme La Louve des SS s'éprend amourachement d'un prisonnier juif ; qui n'est autre qu'un espion américain... Mais que va-t-il se passer ???



(T'inquiètes, ça va pas faire mal)

C'est sorti quand ? "Ilsa, la Louve des SS" : le titre à lui-seul suffit à faire trembler les consciences quelques peu étriquées. Si aujourd'hui, il serait absolument impossible de pondre un film pareil - à cause de l'exploitation commerciale d'un passé historique aussi douloureux - la volonté de transgression était telle dans les années 70 qu'une production de la sorte passait complètement inaperçue dans les circuits (certes) spécialisés. C'est notamment à la fin des années 60-70 qu'un sous-genre explosait dans les salles indépendantes : les Women in Prison films traditionnellement appelés "WIP" (en plus, ça veut dire "fouet" en anglais, magique !) par les connaisseurs. Comme son nom l'indique, ces films mettent en scène des prisonnières la plupart du temps dénudées se soumissant à l'autorité foudroyante de bourreaux ou matonnes autoritaires. Les spectateurs pouvaient donc s'exciter devant des films comme The Big Doll House (Jack Hill, 1971), Women in Cages (Gerardo de Leon, 1971), Schoolgirls in Chains (Donald M. Jones, 1973)... Mais en parallèle, un autre courant encore plus vicieux venait incidieusement s'introduire dans le cinéma d'exploitation : le Nazisploitation, des sortes de Women in Prison liées aux camps de concentration nazis amorcé par le succès du très vénérable Les Damnés (Visconti, 1969) nous dévoilant la désintégration d'une famille allemande sexuellement barge sous la montée du nazisme. Si un certain et très agressif Love Camp 7 (Lee Frost, 1969) présentait déjà de pauvres prisonnières atrocement torturées et humiliées par des nazis hilares, ce n'est surtout qu'en 1974 avec le très auteuriste Portier de Nuit (Liliana Cavani, 1974) où Charlotte Rampling s'adonne à des jeux SM avec un soldat allemand que les producteurs commencent à tilter sur un véritable filon à exploiter. C'est alors que David F. Friedman choisit de produire le fameux Ilsa, la Louve des SS en 1975. Le film donne les lettres de noblesse au Nazisploitation puisque la production du genre va littéralement exploser et ceci dans le monde entier.
Est ce que c'est bien ?
Un bon film d'exploitation : Pour un film tourné en quelques jours sur les anciens plateaux de la série "Papa Schultz", le résultat est plus que correct : la mise en scène est soignée, le montage invisible et la direction d'acteur de qualité (on reviendra sur l'interprétation de haute volée de Dyanne Thorne, la méchante). Mais l'important n'est pas là. Il ne faut pas oublier que Ilsa et la Louve des SS reste un film d'exploitation et se repose donc sur des ingrédients à portée mercantile. On sait ce qui fait vendre : le cul et le gore. L'objectif est maintenant de savoir utiliser à bon escient ces ingrédients pour réussir la recette qui fait jouir les spectateurs voyeuristes que nous sommes. De ce point de vue, Ilsa La Louve des SS remplit honorablement son contrat en nous présentant sans temps morts des atrocités difficilement soutenables entrecoupées de scènes érotiques chaudes comme la braise (hum : cette fameuse scène de triolisme dans le lit).
Un film pas si choquant que ça : Le principe d'utiliser les horreurs de la deuxième Guerre Mondiale comme scénario à un film d'horreur érotique peut paraître au premier abord tout à fait consternant ! Mais il n'en est rien. Aussi choquant soit-il, le film ne se montre pas spécialement transgressif vis à vis du passé historique pour deux raisons principales : la première étant l'absence totale de justification vis à vis du passé historique, et la deuxième par la distanciation engendrée naturellement par l'utilisation du gore.
Contrairement à la démarche que je trouve extrêmement hypocrite et démago de certains nazisploitation cherchant aveuglement à "dénoncer les erreurs du passés", en "décidant de tout montrer aux spectateurs pour qu'ils sachent enfin la vérité", blablabla, Ilsa La Louve des SS n'a pas besoin de se cacher derrière ce discours pour se dédouaner d'utiliser les camps de concentration comme toile de fond à un film d'exploitation. Au contraire, le film prend ouvertement le régime du 3e Reich comme un prétexte à montrer le plus de gore possible à travers de nombreuses expériences dégueulasses exercées par les Nazis. Si le film débute par un petit carton expliquant que "c'était horrible ce qui s'était passé et qu'on espère que ça ne se reproduira plus", le film se fout royalement de la reconstitution historique et ne reprend guère que des détails comme les costumes des Nazis, leur attitude stricte et autres "Heil, Hitler" etc... Donc sans rapprochement historique sérieux, sans reconstitution crédible, le film n'a pas cette volonté de se rapprocher de la réalité et perd énormément en pouvoir de transgression vis à vis des horreurs des camps de concentration. Le scandale d'utiliser comme toile de fond le nazisme n'est finalement que très minime.
De plus, les (nombreuses) scènes gore possèdent cette dimension de théâtralité qui amène inévitablement le spectateur à se distancier au film. Les plans de plaies béantes (super mal fait d'ailleurs) recouvertes d'asticots ou les chairs atrophiées des prisonnières suite aux nombreux coups de fouets reçus, sont tout à fait dégueulasses. Mais... ça nous fait sortir du film. Pourquoi ? Le gore tire ses origines du Théâtre du Grand Guignol où les spectateurs payaient pour voir des (fausses) mises à mort sur scène. Depuis, l'utilisation du gore au cinéma a gardé cette dimension spectaculaire et plus précisément, cette dimension où le public sait qu'il va assister à une présentation d'effets spéciaux où l'artifice va primer sur tout. Philippe Rouyer, auteur de "Le Cinéma gore, une esthétique du sang", surnomme même le cinéma gore comme "un royaume du faux et de l'illusion cinématographique". Le public sait que ce qu'il regarde est complètement fictif : cette notion du faux participe d'ailleurs au plaisir qu'éprouve le spectateur. Donc, voilà, tout ça pour dire qu'Ilsa la Louve des SS n'a pas la prétention de rendre les effets gore réalistes (même s'ils sont parfois très éprouvants), mais participe à la continuité esthétique des autres films dits gore : artificialité des effets spéciaux, revendication du faux. A l'inverse des snuff movies et autres reportages présentant des mises à mort réelles (je pense aux Mondos Italien des années 70 et 80 comme ceux des frères Castiglioni), les films gore ne possèdent pas de pouvoir subversif car justement ils prêchent le faux. :)
Donc point de scandale pour Ilsa, La Louve des SS tant au niveau de la reconstitution historique, complètement tronquée par un manque de réalisme total, que dans l'utilisation des effets gore qui sont plus présents pour divertir que pour choquer. Encore une fois Ilsa, La Louve des SS est un pur produit d'exploitation jouissif, peut-être le meilleur film de nazisploitation jamais existant.
Et ça, c'est en partie grâce à la fascinante Dyanne Thorne.

1 commentaire:

Doris a dit…

Une chronique très intéressante... On devine un fin connaisseur... Mais, derrière ce pseudo, ne se cacherait-il pas un ex-collègue ? :)